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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 10:11

PLUME VOYAGE

A travers le thème du voyage, Michaux redéfinit l’esthétique poétique et la notion même d’histoire et de personnage. 
Ceci n’est pas sans rappeler La Métamorphose de Kafka, une oeuvre dans laquelle le jeune Grégor Samsa, excédé par les contraintes sociales se voit transformé en cafard, reniant ainsi son « humanité », de façon toute aussi absurde et inattendue.

Plume ne peut pas dire qu'on ait excessivement d'égards pour lui en voyage. Les uns lui passent dessus sans crier gare, les autres s'essuient tranquillement les mains à son veston. Il a fini par s'habituer. Il aime mieux voyager avec modestie. Tant que ce sera possible il le fera.
Si
on lui sert, hargneux, une racine dans son assiette, une grosse racine : "allons, mangez. Qu'est-ce   que vous attendez ?"
"Oh, bien, tout de suite, voilà." Il ne veut pas s'attirer des histoires inutilement.
Et si, la nuit,
on lui refuse un lit : "Quoi ! Vous n'êtes pas venu de si loin pour dormir, non ? Allons, prenez votre malle et vos affaires, c'est le moment de la journée où l'on marche le plus facilement."
"Bien, bien, oui, certainement. C'était pour rire, naturellement. Oh oui, par… plaisanterie."
Et il repart dans la nuit obscure.
Et si
on le jette hors du train : "Ah ! Alors vous pensez qu'on a chauffé depuis trois heures cette locomotive et attelé huit voitures pour transporter un jeune homme de votre âge, en parfaite santé, qui peut parfaitement être utile ici, qui n'a nul besoin de s'en aller là-bas, et que c'est pour ça qu'on aurait creusé des tunnels, fait sauter des tonnes de rochers à la dynamite et posé des centaines de kilomètres de rails par tous les temps, sans compter qu'il faut encore surveiller la ligne continuellement par crainte des sabotages, et tout cela pour…"
"Bien, bien. Je comprends parfaitement. J'étais monté, oh, pour jeter un coup d'œil ! Maintenant, c'est tout. Simple curiosité, n'est-ce pas. Et merci mille fois." Et il s'en retourne sur les chemins avec ses bagages.
Et si à Rome, il demande à voir le Colisée : "Ah non. Ecoutez, il est déjà assez mal arrangé. Et puis Monsieur voudra le toucher, s'appuyer dessus, ou s'y asseoir…C'est comme ça qu'il ne reste que des ruines partout. Ce fut une leçon pour nous, une dure leçon, mais à l'avenir, non, c'est fini, n'est-ce pas."
Bien ! Bien ! C'était…Je voulais seulement vous demander une carte postale, une photo, peut-être…si des fois…" Et il quitte la ville sans avoir rien vu.(…)
Mais il ne dit rien, il ne se plaint pas. Il songe aux malheureux qui ne peuvent pas voyager du tout, tandis que lui, il voyage, il voyage continuellement.

____________________


 

Agresssion des personnages, complaisance de Plume :

Manque d'hospitalité des personnages

Les personnages sont identifiés par « les uns » « les autres » et l’emploi de l’indéfini « on »

Les uns lui passent dessus sans crier gare, les autres s'essuient tranquillement les mains à son veston

image d'une action violente face a son voyage: "on le jette hors du train"
- répétition de l'expression "Et si", montre l'accumulation d'exemples
- accueil rude, "hargneux". 

- la diction forte de l'expression "hargneux " montre le début d'une conversation désagréable, ou l'autre parti n'est pas du même cote que Plume.
Ensuite, le personnage en question dit "Allons, mangez. Qu'est ce que vous attendez?" Ici, bien que le personnage veuille bien nourrir Plume, il le fait d'une façon peu hospitalière.
- rejet complet de Plume, démontre la méchanceté de certains personnages que celui-ci rencontre en voyage : "on le jette hors tu train"
- QUATRE exemples, comme dans un essai essayant de prouver quelque chose.
"Si" (v.4) le restaurateur, "Et si" (v.7) le logeur …ou l’hôtelier , "Et si" (v.11)  les gens du train «  et si… » (vers 19) les italiens ….et si le bateau

Cette série de séquences narratives, introduites par une proposition conditionnelle – « Si on lui sert, hargneux, une racine dans son assiette », « Et si la nuit on lui refuse un lit » –, ont pour but unique de mettre Plume dans son tort, de l’arrêter (moins au sens policier que dans la volonté de mettre fin à son voyage continuel). Les stratégies répétitives des autres échouent devant l’acceptation de Plume.

 

le seul personnage qui a un prénom est Plume. Cela souligne l'  universalité de ce poème, car les remarques faites peuvent appliquer a n'importe qui.

 C’est un anti-héros, l’alter-ego de l’auteur. Son caractère errant exprime le thème du voyage. Mais c’est aussi un être passif et faible, ne comprenant pas le monde qui l’entoure. Le terme « plume » renvoie tout aussi bien à la plume d’oiseau, évoquant la fragilité, la légèreté, l’envol, que la plume du stylo, symbole de l’écrivain  Le prénom de Plume marque  l'universalité de ce concept

 

Plume prend une attitude complaisante par rapport à l'attitude négative de ceux qu'il rencontre: 
"Bien, bien"  (vers 6, 17, 23)

contraste entre les "malheureux" qui ne peuvent pas voyager, et Plume, qui voyage continuellement. Ici, Plume ne veut pas sembler ingrat et tolère les contraintes. « il voyage, il voyage »
- Plume est de nature complaisante, ce qui nous est montré tout au long du poème, a travers ce champ lexical: "habituer", "ne veut pas s'attirer d'histoires", "ne dit rien", "ne se plaint pas", "je comprends" (etc).

il a un privilège….lui il voyage …alors pour cela il peut accepter toutes les brimades.
 

 

la poésie à travers la prose : esthétique poétique

Bien que ce soit un poème, "Plume voyage" ne comporte pas de rimes, ni de structure en forme de strophes.
anaphores :  4 fois et si….mots qui rythment  le poème en citant des exemples 

et la reprise de et bien…bien., bien…bien, bien. Soumission de Plume.

Cette forme est conjointe à un affaiblissement des liens de causalité et de temporalité. De causalité, puisque aucun lien logique ne s’inscrit entre les agressions dont Plume est victime. Plume n’étant au début de chaque récit qu’un signifiant, il ne peut être investi d’un rôle de coupable. L’agression ne se justifie pas, et se tient dans un discours de négation : le texte se développe dans le refus fait à Plume d’être autre chose qu’un coupable. La seule causalité qui puisse s’inscrire est frappée du sceau du prétexte De même de la temporalité,  l’ordre d’apparition des situations (le dîner, la nuit, le voyage en train, la visite, le voyage) n’est décidé par aucun rapport d’antécédence.

Quelques figures de style enrichissent ce texte poétique.
 paronymie (rapport lexical entre deux mots dont les sens sont différents mais dont la graphie ou la prononciation sont fort proches, de sorte qu'ils peuvent être confondus ): "égards" et "gare
" ces deux mots ont un sens oppose, mais sont similaires en sonorité. Cela montre un fort contraste présent dès le début du poème.

 manque d'hospitalité des personnages, et malgré cela, il y a un champs lexical du départ
: "repart", "s'en retourne", "voyage"
agression contre le voyageur qui ne voit pas le travail fourni pour créer les moyens de transports comme mode de voyage pour des personnes comme Plume, qui voyagent pour le plaisir, et met cela en valeur en créant une accumulation "chauffé", "attelé", "creusé", "fait sauter" (etc).
 

PLACE DE  L’HUMOUR

La place de l’humour dans les textes du recueil est dans cet échange constant entre Plume et l’agression, entre l’indécision du sens et son déterminisme, et a pour principale fonction de vider le texte de tout contenu moral ou social. Dynamisant le langage de l’agression, l’humour y crée, à l’instar de Plume, un espace de jeu, de retournement des déterminations.. L’agression, dès qu’elle se présente à Plume, contient sa défaite dans son expression même. Plume est le miroir de cette défaite

Cependant l'absence de contexte et l'aspect élémentaire de Plume laisse à penser qu'il est peut-être responsable, et exprime aussi, un humour noir qui pourrait faire rire si ces situations étaient mises en scène.

Plume fait songer à Chaplin. Même si dans le contexte où évolue Charlot les situations sont beaucoup plus classiques il les transforme souvent jusqu'à l'absurde. On a bien ici cette façon de raconter des énormités en gardant  le style du constat ou celui de la relation neutre du fait banal. On peut penser au style de Camus dans l'Etranger.

 

 

Derrière l'humour teinté de surréalisme, derrière la drôlerie et la poésie de ces histoires, se dessine un contour plus tragique de l'œuvre. Plume, frère imaginaire que s'est inventé Michaux et à qui il envie son inconséquence, a trouvé comment résister à la lourdeur de la condition humaine : s'en distancier, s'en abstraire, une fois pour toutes. Frivole ou sage, Plume ? Que celui qui n'a jamais rêvé conserver en lui une part irréductible d'enfance, jette la première pierre.

À travers les aventures à la fois plaisantes et amères dont il est le héros, Plume est bien ce que les Histoires de la littérature appellent un « type » : un homme dans l'embarras, singulièrement, toujours malmené et mal reçu, parce qu'inadapté aux exigences sociales. C'est le « coupable-né », celui qui, en toutes circonstances, « n'a pas suivi l'affaire » et se refuse à la suivre. 
Un "anti-personnage" dont la redéfinition mène à celle du genre poétique entier.

L’extravagant monsieur Plume Monsieur Plume est un homme poli, serviable, mais très distrait : sa propre épouse se fait écraser par un train sans qu’il ne réagisse ; par mégarde, il se retrouve même à marcher au plafond... Plume le bien nommé, sorte de Candide moderne, vit en apesanteur dans cet univers plombé. Constamment décalé, il essuie les plus improbables mésaventures avec bonne humeur et fatalisme. Plume est certainement une des œuvres les plus connues d’Henri Michaux, publiée en 1938, elle témoigne de la perplexité d’un homme face à ses contemporains, de sentiment d’étrangeté dans le monde.

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Published by scoobidoo1 - dans Littérature
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